Samedi, le 22 août 2009, à l’hôpital La Providence de Magog, décédait paisiblement, entourée de ses enfants, la doyenne des citoyens d’Austin, M me Muriel Ball Duckworth, âgée de 100 ans, quelques semaines après s’être fracturé une jambe peu après son retour estival annuel à Austin. M me Duckworth était la descendante directe de Nicholas Austin, fondateur (en 1797) du Canton de Bolton et de son épouse Phebe Chesley. Nous relatons certains moments de sa vie en utilisant, entre autres, les souvenirs qu’elle confiait en juillet 2008, au Comité culturel d’Austin.
Muriel Helena Ball naît à Austin (alors appelé East-Bolton), en octobre 1908, sur la ferme paternelle, chemin Nicholas-Austin, surplombant le lac Memphrémagog. L’accouchement est fait par le célèbre D r George Austin Bowen. La vie, à cette époque, est difficile pour les cultivateurs. Son père arrondit les fins de mois en vendant, entre autres, des paratonnerres alors que sa mère accueille des pensionnaires pendant l’été tout en préparant et en vendant des marinades et confitures. La vie à Austin est frugale et heureuse; la jeune et timide Muriel apprécie la nature; toute sa vie, elle restera attachée à son lieu de naissance où elle reviendra passer ses étés. « Nous avions peu de jouets, se souvient-elle, quelques poupées, mais aussi les chiens et les chats et toute la nature environnante! »
En décembre 1917, la famille déménage à Magog en s’y rendant sur un traîneau tiré par un cheval sur le lac gelé, réchauffée par des couvertures de bisons et des briques chaudes. La mère de Muriel continue d’accueillir des pensionnaires et ouvre un salon de thé. De plus, raconte Muriel, plutôt que de mettre de la porcelaine dans un meuble-vitrine, elle y place des livres : l’embryon d’une bibliothèque publique qu’elle démarre avec d’autres femmes d’Austin.
La carrière de M me Ball-Duckworth sera intense. Elle obtient son baccalauréat en arts (majeure en français et en économie), fait des cours en éducation à Montréal, puis poursuit ses études en théologie à New York. Très tôt, elle milite pour les défavorisés et s’affirme comme pacifiste et ce, de la Seconde guerre mondiale à la guerre du Vietnam, puis à celle d’Afghanistan. Avec son mari Jack, elle s’établit à Halifax en 1947 où elle travaillera à l’éducation des adultes. Toute sa vie est marquée par son activité comme militante féministe et pacifiste. Ainsi, en 1960, elle participe à la fondation de la Voix des femmes pour la paix. À la même période, elle lutte contre la guerre au Vietnam. Elle sera aussi militante du Nouveau parti démocratique, mais seulement qu’après avoir quitté la présidence de la Voix des femmes pour la paix, car il était important pour elle que cette organisation reste non partisane. Elle refusera de payer la partie de ses impôts consacrés aux dépenses militaires, geste qui, en 1989, la conduira en cour.
L’engagement de M me Duckworth lui valut plusieurs honneurs, dont le Prix du Gouverneur général en 1981, le prix du Compagnon de l’Ordre du Canada en 1983 et la médaille Lester B. Pearson pour la paix en 1991. Elle a également reçu de nombreux diplômes honorifiques de diverses universités, dont Concordia en 1983 et McGill en 1984.
Jusqu’à la fin, M me Duckworth est demeurée une femme lucide et attentive aux autres. Elle croyait intensément à la vie et aimait profondément les enfants. Ainsi, à l’été 2008, elle interrompit l’entrevue avec le Comité pour nous faire partager son émerveillement face aux enfants qui jouaient dans le lac Memphrémagog.
À l’été 2009, en prévision de son 101 e anniversaire de naissance, le Comité a fait signer une carte de vœux par plus de 200 personnes. La carte lui fut remise quelques jours avant son décès à l’hôpital. Elle la parcourut avec intérêt, en s’arrêtant tout particulièrement devant les deux pages illustrées de mots et de dessins d’enfants du camp de jour.
Muriel Ball-Duckworth fut une grande citoyenne d’Austin, du Québec, du Canada et du monde. Qu’elle repose en paix.




