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Légende du Rocher Donda au lac Massawippi

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medium_donda.jpgLe Rocher Donda se dresse devant nous tel une jeune fille brun noisette se maintenant paisiblement hors des eaux qui lui rendent hommage depuis tant d'années.

On raconte que sur ce rocher, avait été sculptée - en relief et exécuté avec grande dextérité -, une tête d'Indien avec un serpent encerclant son cou. L'Indien regardait par delà les flots comme une sentinelle, alors que le serpent le retenait en joug. Cependant, le sculpteur n'avait donné aucune expression aux traits du visage, qui auraient pu conférer au personnage l'incarnation de la douleur, mais seulement une dignité silencieuse.

Que comprendre? Même les plus vieux habitants de cette région riche et fertile du pays ne pouvaient l'expliquer. Ils savaient seulement que c'était le Rocher Donda, une relique de l'ancien temps. Les années et les éléments avaient estompé l'étrange effigie, ne laissant qu'un rocher à nu. Lorsque nous l'avons contemplé, nous avons eu l'impression d'être transportés dans un passé surnaturel, à l'époque où l'archétype à partir duquel la tête a été sculptée marchait parmi les vivants.

LA LÉGENDE
Il y a très très longtemps, des forêts s'étendaient de chaque côté du lac Massawippi. Le monde des hommes et de l'argent semblait tellement absent. Les collines, au passé silencieux et inexploré, remplies de mystères, comme si profondément en leurs flancs reposait le secret de l'univers, étaient couronnées d'une majestueuse forêt d'érables, de bouleaux, de pins et de cèdres... Ces collines tenaient délicatement dans leur giron réservé et inébranlable les eaux ondulantes du lac Massawippi.

Lorsque le chef de la tribu d'Indiens qui étaient arrivés du nord scruta la beauté et la richesse de la nature de cette contrée sauvage, il rassembla ses guerriers autour de lui et, ensemble, ils descendirent les pentes abruptes. En bas, ils admirèrent le lac étendu à leurs pieds à l'ombre des collines tel un joyau dans un écrin de jade... Et à cet endroit, il fut décidé d'y construire leurs wigwams et d'allumer leurs feux de camp.

Le chef de la tribu avait une fille, la jolie Leeliwa. Elle était la bien-aimée de Donda, le brave guerrier dont les yeux voyaient avec acuité à travers les forêts et dont la flèche était rapide et infaillible. Auprès de ses frères indiens, Donda jouissait de la réputation d'un chasseur formidable. Le chef de la tribu décida que Leeliwa devrait devenir son épouse.

Suivant les caprices de sa féminité, Leeliwa aimait O-ne-ka, le bel athlète, le nageur agile, qui pouvait nager à la brasse dans les vagues lorsque le vent et la brume s'abattaient sur le lac et agitaient les eaux pour les transformer en furies à crêtes blanches.

Lorsque les chasseurs étaient partis au loin dans les forêts, Leeliwa aimait traverser le lac avec O-ne-ka... Donda, animé de jalousie languissante, avait coutume de monter sur une haute falaise et accroupi dans les ombres, il observait les amants inconscients de sa sombre vigile.

Une nuit, alors que la lune était partiellement cachée par des nuages ouatés, Leeliwa et O-ne-ka se trouvaient sur le lac à regarder les merveilles du Vent et des Bouleaux blancs sur la rive ouest du lac. Une bourrasque de vent s'abattit sur le lac, frappa leur canot et le fit chavirer. O-ne-ka attrapa Leeliwa solidement et ensemble ils bravèrent les vagues. Mais on aurait dit qu'un œil maléfique les regardait.

Où se trouvait la force et l'agilité d'O-ne-ka? Il ne pouvait regagner la rive! Leeliwa le regarda dans les yeux, sa tête se pencha. Et les deux s'enfoncèrent dans les eaux bouillonnantes.

Sur le haut rocher, Donda se tapit. Il vit le canot se renverser. Saisi par un souffle d'horreur, il les vit disparaître! Puis, avec un cri strident, il bondit de la falaise et plongea dans les vagues aux crêtes blanches.

Il arriva trop tard! Ils se trouvaient au-delà de son secours. Il retourna sur la rive avec tristesse et se lança sur la plage ensablée. Puis, il bondit sur ses pieds pour chercher quelque signe qui lui aurait indiqué que le couple se battait toujours pour rester en vie.

Soudain, il vit un sillage d'argent traverser le lac et monter vers le flanc de coteau abrupt. Dans ce sillage, il vit un canot blanc venir vers la rive et accoster sur le sable de la plage en grinçant. Il vit Leeliwa bondir du canot, monter en courant la colline et disparaître parmi les bouleaux blancs.

"Elle est partie à la recherche des Grandes Eaux où elle espère trouver O-ne-ka, murmura Donda.

- Leeliwa! Me voici!"

Il sauta dans le lac et les eaux se refermèrent sur lui.

Le Sorcier de la tribu, grâce à ses pouvoirs magiques, eut vent de la tragédie du triangle amoureux et l'annonça au chef de la tribu qui pleura longuement la perte de sa fille. Sur le rocher où ces vigiles en solitaire s'étaient déroulées, le chef décida que la figure de Donda devrait être sculptée avec un serpent, symbole de la jalousie, enroulé autour du cou.

Le regard de Donda fixait les flots, guettant, attendant toujours que sa Leeliwa lui revienne, en sortant des bouleaux blancs le long du sillage argenté.

Ces aventures se sont déroulées il y a de nombreuses années. Les larmes des cieux et les vents du sud ont estompé son visage sur le rocher. Mais par nuits de pleine lune, le sentier argenté s'étend encore à travers le lac; les bouleaux blancs murmurent encore dans le vent. Et les yeux mi-clos, on peut parfois voir le canot de Leeliwa se diriger vers la porte de la Terre du Grand Repos, les collines d'ombres noires et vertes.

Source : Bertha Weston Price, Legends of Our Lakes and Rivers, Lennoxville, 1937, p. 31-33.